La Chine en route vers un avenir sans charbon
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Les banques chinoises avaient déjà discrètement réduit le financement des projets charbonniers à l'étranger cette année. Une annonce officielle à cet effet était attendue d’un jour à l’autre et est considérée comme un coup de pouce pour les prochaines négociations de l’ONU sur le climat à Glasgow en novembre prochain.
La signification exacte de l’annonce de la Chine n’est pas claire. Il n’est pas encore certain si cela s’applique uniquement aux entreprises chinoises construisant des centrales au charbon à l’étranger, ou s’il est plus large et inclut le financement direct et indirect des investissements dans les sociétés charbonnières et la fourniture d’équipements et de technologies pour ces projets.
Il y a deux manières de considérer l’annonce de la Chine. Les optimistes pensent que la formulation large permet aux groupes environnementaux de faire pression sur la Chine pour qu'elle interdise complètement le soutien au charbon, de la même manière que l'engagement de neutralité carbone de 2020 a été élargi pour inclure toutes les émissions après un lobbying. Les pessimistes y voient un geste symbolique, suggérant que tout financement ou investissement réel dans des projets charbonniers serait politiquement risqué pour les entreprises chinoises.
Il s’agit d’une évolution majeure pour le financement des centrales à charbon dans le monde. La Chine était autrefois la plus grande source d’argent pour les nouveaux projets de charbon, investissant entre 6 et 8 milliards de dollars par an de 2017 à 2019. Les dirigeants chinois ont vu des rapports montrant la nécessité d’arrêter de financer le charbon, et début 2021, ils avaient déjà officieusement stoppé les nouveaux investissements à l’étranger. Cette annonce intervient après des discussions avec des groupes importants et une analyse plus approfondie de la situation.
Alors que la Chine avait déjà discrètement réduit ses financements étrangers en matière de charbon, l'annonce du président Xi à l'ONU rend cette décision officielle. En Chine, des déclarations internationales formelles comme celle-ci ont un poids considérable, suggérant un engagement fort et réduisant les craintes d’un renversement de la politique.
L’engagement de la Chine de cesser de financer des centrales au charbon à l’étranger n’est qu’une étape. Ils restent le plus grand producteur mondial d'électricité au charbon et ont un énorme retard dans les projets charbonniers planifiés à différents stades. Rien qu’en 2020, ils ont construit 38 gigawatts de nouvelles centrales au charbon, ce qui représente 76 % de toutes les nouvelles centrales au charbon construites dans le monde cette année-là. Cette hausse est due aux efforts des gouvernements provinciaux pour relancer l’économie après la COVID-19. Pour mettre cela en perspective, la capacité totale de production d'électricité au charbon de l'Australie n'est que d'environ 24 gigawatts, ce qui met en évidence l'ampleur de la dépendance de la Chine au charbon.
Il pourrait y avoir un changement en Chine. Même s’il s’agit d’un important producteur de charbon, des signes de changement apparaissent. La province du Shandong, qui utilise le plus de charbon en Chine, a laissé entendre fin 2023 qu'elle n'approuverait probablement aucun nouveau projet d'énergie au charbon au-delà de ceux déjà en cours dans le cadre de son plan de développement économique actuel. Cela suggère un ralentissement potentiel de la dépendance intérieure de la Chine au charbon.
L’industrie chinoise de l’énergie charbonnière est confrontée à des pressions contradictoires. Les centrales à charbon fonctionnent bien en deçà de leur capacité dans tout le pays. En 2019, même les grandes villes comme Shanghai ont vu leurs centrales au charbon fonctionner à seulement 37 % de leur potentiel. Les régions dépendantes de l'hydroélectricité comme le Yunnan étaient encore plus faibles, à 24 %. Même dans le Shandong, riche en charbon, l'utilisation est tombée à seulement la moitié de sa capacité. Ces faibles taux d’utilisation font qu’il est difficile pour de nombreuses centrales au charbon de réaliser des bénéfices.
La faible utilisation des centrales au charbon présente un revers. Les récentes pannes de courant dans le nord-est de la Chine et dans les provinces du Guangdong ont suscité des inquiétudes quant à la capacité de répondre aux pointes de demande d'électricité en été et en hiver. Cependant, le véritable coupable semble être le prix élevé du charbon, et non le manque de centrales électriques. Avec ces coûts élevés, les producteurs réduisent leur production pour éviter de perdre de l’argent. Il est intéressant de noter que les régions confrontées au rationnement de l’électricité n’utilisaient que moins de la moitié de leur capacité électrique disponible. Cela suggère que la solution ne consiste peut-être pas à construire davantage de centrales au charbon, mais à réformer le système énergétique lui-même.
Le gouvernement central chinois resserre son emprise sur l'approbation de nouveaux projets très polluants. Début septembre, un nouveau document politique a été publié, qui retire le contrôle aux provinces et le remet entre les mains du gouvernement national. Cette décision montre que la réduction des émissions de carbone reste une priorité absolue pour la Chine, qui vise un pic d’émissions plus précoce et plus faible. Plus tôt et ce pic sera faible, plus il sera facile pour la Chine d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060.
Même si la Chine a encore un long chemin à parcourir pour réduire sa dépendance au charbon, ses récentes annonces constituent des mesures encourageantes. L’engagement de cesser de financer les centrales à charbon à l’échelle internationale et de ralentir potentiellement les projets nationaux montre une volonté de s’éloigner du charbon. Toutefois, des efforts importants sont encore nécessaires pour véritablement accélérer ce changement.
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